VIGENÈRE (B. de)


VIGENÈRE (B. de)
VIGENÈRE (B. de)

VIGENÈRE BLAISE DE (1523-1596)

Né à Saint-Pourçain, Blaise de Vigenère fait ses études dans les collèges parisiens, puis entre en 1547 au service de la maison de Nevers. Un premier voyage à Rome en 1549 et un séjour de deux années l’initient à l’art antique et contemporain. Il suit pendant une dizaine d’années son maître François de Clèves dans ses missions diplomatiques et militaires, jusqu’à la mort du duc en 1562. Envoyé à Rome en 1560 comme secrétaire de l’ambassadeur Juste de Tournon, il visite différentes villes italiennes de 1566 à 1570. Après 1570, il se retire volontairement loin des cours et des batailles, et se marie. Ce contact avec les milieux les plus divers a partiellement déterminé son insatiable curiosité, qui s’étend même à la médecine et à l’astrologie.

Blaise de Vigenère fait œuvre de philologue et édite d’anciens textes français, La Prise de Constantinople (1585) par Villehardouin ou l’Histoire du roi Charles VII (1594) par Jean Chartier. C’est aussi un traducteur, qui réunit en 1575 des versions françaises des Commentaires de César, du De oratore de Cicéron, et des Annales de Tacite, en les accompagnant de réflexions sur la méthode de traduction. En 1579, un volume regroupe la version française de trois dialogues consacrés à l’amitié, œuvres de Platon, de Cicéron et de Lucien, avec une Préface qui définit de nouveau sa conception de la traduction. La littérature religieuse n’est pas négligée, puisqu’il donne en 1585 et en 1587 des textes des Psaumes et de saint Bonaventure. Enfin, sa traduction française de la Jérusalem délivrée du Tasse (1595) fut rééditée.

Cette connaissance des textes anciens nourrit la science de l’archéologue, qui apparaît dans ses commentaires de textes historiques. Ses éditions de Chalcondyle (1577), de César (1584) et d’Onosander (1605) contiennent une foule de notices sur l’art militaire, les fortifications, l’artillerie. Son savoir n’est pas seulement livresque; Blaise de Vigenère a parcouru les collections d’antiques constituées à la Renaissance, étudié les monnaies, et il s’efforcera de déchiffrer les inscriptions, malgré les limites de la science contemporaine. Ce travail archéologique n’est pas limité à la Grèce et à Rome, et Vigenère ne perd pas une occasion de se référer à l’Égypte.

Plus originale encore est l’œuvre du critique d’art. Blaise de Vigenère a fréquenté des artistes de son temps, et rencontré Michel-Ange lors de son premier voyage romain. Il mentionne les prophètes peints sur la voûte de la chapelle Sixtine et le Jugement dernier , ainsi que la statue équestre commandée par Catherine de Médicis à Daniel de Volterra pour le tombeau d’Henri II. Son travail le plus riche est la traduction annotée des Images de Philostrate (1578), auteur dont il a aussi translaté la vie d’Apollonios de Tyane . Les notices consacrées aux différents tableaux antiques élucident les thèmes mythologiques et offrent des digressions sur l’art et ses techniques. Ce volume a fait la renommée de son auteur, parce qu’il constitue un ouvrage d’iconographie, qui a exercé une réelle influence sur l’art du XVIIe siècle en proposant aux peintres un répertoire de sujets. Il a été complété après la mort de Vigenère par une Suite qu’il avait laissée en manuscrit. Sa méthode est précise et savante: il ne dédaigne pas l’interprétation allégorique, mais préfère éclairer les épisodes mythologiques en confrontant parfois les différentes versions d’une même légende, et il glose les détails de la scène avec une minutie d’archéologue. Cet amateur d’art a lui-même joué sur l’illustration dans les livres qu’il a publiés, que ce soit avec les gravures de Fra Giocondo pour les Commentaires de César, ou avec les planches provenant de Mantoue pour la Somptueuse et Magnifique Entrée , relation de l’entrée d’Henri III en 1576. Cet amateur éclairé a ses préférences. Il place l’architecture gréco-latine bien au-dessus de la gothique, mais sait apprécier des peintres contemporains tels que le Primatice ou Jules Romain.

Cette formation n’est sans doute pas étrangère à son goût pour le graphisme. Blaise de Vigenère a composé en effet un Traicté des chiffres (1586) qui est à la fois un manuel d’épigraphie, un livre de cryptographie diplomatique, un répertoire de différents alphabets ou systèmes d’écriture, japonais, égyptien, étrusque. Ces préoccupations constantes dans son œuvre ne sauraient surprendre en un siècle où l’on se passionne pour les hiéroglyphes et les emblèmes, mais elles sont à mettre en rapport avec les spéculations de Vigenère sur la valeur du signe — qu’il s’agisse des mots ou des nombres —, à commencer par la valeur mystique de l’Un. Les signes sont en effet l’écho affaibli d’un langage premier qui serait lui-même une émanation du Verbe divin. Ils ont conservé un peu de l’efficacité magique d’une parole où les noms se confondaient avec les choses. Cette obsession du déchiffrement correspond également au penchant de Vigenère pour l’occultisme. Il partage le goût de Guy Lefèvre de La Boderie pour l’astrologie, publiant en 1578 un Traicté des cometes , et pour la Cabale, car il reprend son interprétation symbolique du tabernacle biblique dans son Traité du feu et du sel (1608).

Encyclopédie Universelle. 2012.


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